La citation du jour

Deux intellectuels assis vont moins loin qu'une brute qui marche



23 novembre 2010

11 Novembre. La piste des contrebandiers

11 Novembre. La piste des contrebandiers

Armistice ou pas, lever 6 heures, as usual, ce fut loin d’être un jour chômé, tant pis, nous récupérerons plus tard ce jour réputé férié. Le De Havilland 104, est encore à plus de 250 km. Le DH 104 est un avion de ligne qui fit un atterrissage en catastrophe, dans les années 60, pour être retrouvé en 2001, ses occupants ayant péri de soif.
La descente se fait par la grande mer de sable, sur un terrain plat à perte de vue et bordé de part et d’autre par des cordons dunaires. Nous roulons full speed ahead à une vitesse de 80 km/h et pourrions presque nous endormir pour nous réveiller en Egypte.
Sur la route, nous croisons l’épave d’une remorque de camion. Un artiste anonyme, animé d’un goût très sûr a dressé verticalement l’axe du pont arrière dans le sable et a achevé la décoration en le surmontant d’une théière. C’est très design et épuré.
Nous approcherons la frontière égyptienne, matérialisée par le méridien 25 Est jusqu’à 4 km au plus près de notre route. Pour ne pas franchir, la frontière, nous devrons couper le cordon dunaire à l’ouest.
Le passage assez raide donnera lieu à des descentes en schuss pour les plus habiles sur des pentes à 45° et des ensablements pour les plus malchanceux. Traction des véhicules ensablés avec des sangles et la caravane remet le cap au Sud-Sud-Ouest.
Le terrain est toujours d’une platitude désespérante et nous filons un bon 80 km/h.. Un casse-croûte au milieu de nulle part vers midi et nous aurons la visite inattendue d’une hirondelle égarée, intéressée par l’eau et nos restes alimentaires.
Après être repartis et un changement de cap, nous approchons de la frontière égyptienne pour atterrir sur un ancien poste de police. La baraque en bois, désaffectée, est entourée de barbelés et est à moitié enfouie sous les sables comme un bateau échoué, entouré de l’habituel décor de boites de conserves éparpillées. La dépouille momifiée d’un pétrel monte encore la garde à la frontière en lieu et place des gabelous libyens. C’est un peu Fort Apache, les indiens en moins.

En repartant nous croisons sur des kilomètres et des kilomètres les ornières, témoins de l’abondant trafic des convois de ravitaillement de Koufra après la prise par la colonne Leclerc, partie du Tchad en 1941. Des ornières plus récentes témoignent du passage des contrebandiers venus d’Afrique Subsaharienne. Jean-Pierre m’apprend avoir déjà retrouvé des traces en Egypte du passage d’auto-chenillettes partie en exploration en 1929. Contrairement à ce que je pensais, le vent n’efface pas les traces des passages.
En repartant, et après quelques kilomètres, le guide nous fait signe de nous arrêter après qu’il ai repéré des véhicules suspects. La consigne circule, si ces véhicules viennent vers nous, et qu’il ne s’agit pas de l’armée, demi-tour immédiatement et nous devrons foutre le camp et ne nous arrêter sous aucun prétexte. Ambiance et le guide n’a pas le sourire !
Les véhicules inconnus disparaissent et nous tombons sur des cheminées de pierre d’un grand diamètre et hautes de 2 mètres, résultat de l’expulsion d’un magma en provenance des entrailles de la terre.

Jean-Michel et Francis les géologues donneront des explications plus scientifiques que je n’ai pas retenues. Néanmoins, quelques silex taillés témoignent de l’occupation du site par les hommes du néolithique. Les spécimens que nous trouvons sont les déchets de la production de bifaces, comme les boites de conserves rouillées témoins d’une occupation plus récente. Quelques traces de serpent sur le sable incitent à la prudence et inspirent aux guides la perspective d’une chasse et pourquoi pas d’un bon repas.

Nous repartons cap au 155 en direction de l’arlésienne, le DH 104. Le paysage change et nous roulons au milieu de petites buttes de pierre sur un sol caillouteux. Ayant anticipé le changement de terrain, nous regonflons les pneus à 2 kilos. La voiture des guides, n’ayant pas de compresseur, dévisse une bougie et utilise les gaz de compression du moteur. Si le pneu pète, cela risque avec les vapeurs d’essence dans le pneu de déclencher un joli feu d’artifice.

La voiture de Jean-Georges, choisit cet instant pour tomber en panne de démarreur, sans doute sous l’effet de la chaleur. Franck se glisse sous la voiture et met en contact direct un fil de cuivre entre la batterie et le
démarreur. Contact, la voiture démarre au quart de tour.

Nous repartons et bivouaquons, encore à 100 km du DH 104, que nous devrions atteindre demain. Le bivouac se situe dans une cuvette pour échapper aux visites inopportunes.
Le terrain un peu caillouteux est déblayé avant de poser les tentes. La température est douce et il n’y a pas un souffle de vent. La navigation en fin de journée s’est faite avec les cartes satellites d’une précision hallucinante. La moindre butte est visible ainsi que la plus petite ondulation de sable. Les cartes russes sont aussi remarquablement fiables, seuls les caractères en cyrilliques sont incompréhensibles et donnent l’impression que nous nous sommes égarés jusque dans les profondeurs de l’Oural.
Une très bonne journée, clôturée par un confit de canard, pommes sarladaises arrosé d’un côte de Provence, entre autres boissons fortes. Nous sommes loin, très loin de l'ascétisme du désert prôné par des anachorètes comme Théodore Monod. Au nom de quoi faudrait il vivre comme des fakirs sous prétexte que nous sommes dans le désert ?
Demain, réveil 6 heures as usual.

Bir-Hakeim et Great Sand Sea 8 - 10 Novembre

8 et 9 Novembre. Bir-Hakeim

Après une route interminable en ligne droite en Direction d’Aljubaya, nous nous arrêtons pour bivouaquer, ce qui sera ma première nuit sous la tente. Hugues et Jean-Michel dormiront à la belle étoile alors que nous choisissons de monter nos tentes individuelles. Le vent souffle modérément, mais la température descend de 25° à 13° pendant la nuit. Encore peu habitué, je dors très mal et ai assez froid pendant la nuit. La prochaine fois, je me couvrirai davantage.
Le lendemain, petit déjeuner sur le pouce et toilette qui ferait honte à un chat. Vers 8h00, nous levons le camp en direction de Bir-Hakeim. Après 3 heures de route et le plein de gas-oil, nous quittons la route et atteignons le champs de bataille à une dizaine de kilomètres de la route goudronnée, par la piste.
Le site, heureusement déminé est encore parsemé de restes des combats, bidons rouillés et caisses de munitions par centaines, débris de barbelés partout.

La position de Bir-Hakeim, est contigüe d’un vieux fort turc,


lui-même, bâti sur d’ancienne citernes romaines, creusées dans le roc. Le fort turc, inoccupé pendant les combats à reçu sa part d’obus et de projectiles de tous calibres.
Par une échelle rouillée, nous descendons dans une citerne romaine souterraine vide, au pied du fort turc. Nous dérangeons une colonie de hannetons et un scorpion qui finira écrasé sous une pierre, victime collatérale et tardive des combats de 1942.
Nous visitons aussi, l’ancien cimetière des français libres, à 2 km de la position fortifiée, marqué par un monument pyramidal, décoré d’une croix de Lorraine, grand moment d’émotion.


Les noms des soldats tués ont été gravés sur des plaques de marbre brisées dont les morceaux ont été posés au pied du monument.

Des noms à consonnance française, arabe et indochinoise sont encore visibles. Jean-Marie et ses électeurs pourraient aussi se faire une certaine idée de la France, en visitant ce lieu de mémoire, mais cela c’est une autre histoire comme disait Kipling.
Les très rares visiteurs essaient d’en reconstituer le puzzle.
Il me revient à l'esprit la scène finale du film "La liste de Schindler", lorsque les survivants, en Israël, posent des années plus tard, des petites pierres sur la tombe du Juste Schindler.
Dans les années 60, le cimetière a été déplacé à Tobrouk, le port situé à 30 km au nord, lui-même enjeu des combats et qui tomba quelques jours après Bir-Hakeim.
Une fouille rapide sur le site ramène un bout de masque à gaz, quelques cartouches, un obus de 20 mm, un autre de 75 mm, un ceinturon, une chaussure et ce qui pourrait être le manteau d’un soldat italien.
A propos de ce manteau, certains d'entre nous aperçoivent la marque : Corea, Italy et pensent qu'il s'agit d'une guenille récente, made in Korea.  L'âge imprécis du manteau, la coupe ostensiblement militaire avec boutons et martingale nous ont induit en erreur car internet nous apprendra plus tard que la société Corea Impex a été créée en 1965.
Le fruit d'un quart d'heure de fouille
Le lieu des combats est plat à perte de vue et l’on pense aux chars italiens de la division Ariete et allemands de la 15e Panzer Division devant s’approcher à découvert pour se faire allumer par les canons de 75 mm, eux-mêmes bien enterrés et invisibles. Tous les emplacements de combats, pour certains cimentés, sont encore parfaitement visibles et entourés de bidons d’eau rouillés et de caisses de munitions, boites de mitrailleuses pour la plupart.

La ration journalière était néanmoins limitée à un litre d’eau par combattant, en plein mois de juin et des températures qui dépassent les 40°.
Peu de visiteurs font le détour vers le champ de bataille.

Ajout tardif.
Jean Schiettecatte ayant pris connaissance de ce Blog a eu la gentillesse d'envoyer quelques photos  d'un camp de la 1ere (et unique) Brigade Française Libre, prises à l'ouest de Tobrouk vers Derna et aux abords du Wadi Rahab.

Jean, au début des années 70 a travaillé à proximité de Tobrouk lors d'une mission de prospection pétrolière. Il précise qu'à l'époque, le terrain était encore miné.
Jean est tombé sur un lieu qui fut occupé par la 1ere Brigade Française Libre alors que les travaux de fortifications étaient en cours à Bir-Hakeim en avril 1942. D'après ses recherches, il s'agirait de Koenig's Plage, le Deauville local où par roulement les compagnies allaient prendre des bains de mer, pour se remettre de leurs travaux de bagnards.

Koenig's Plage du nom du Général commandant Bir-Hakeim
 A proximité de ce lieu paradisiaque mais où les Bikinis sont rares, Jean a retrouvé le cantonnement de la BFL avec de jolies allées tracées au cordeau avec des cailloux. Et oui, l'esprit de caserne et l'esthétisme géométrique chers aux militaires ne perdent pas leurs droits, même dans le désert.
Jean précise que :
"L'ensemble du camp mesurait environ 200 mètres de côté, avec des "avenues" bordées de pierres, et une place d'armes ornée de la croix de Lorraine. Il y avait également à proximité une piste d'atterrissage, qui avait été bombardée, et que j'avais fait réhabiliter pour nos opérations."


Les pauvres trouffions qui ont transpiré pour composer ce tableau minéral auraient-ils pu imaginer que nous le contemplerions 70 ans plus tard ?

Merci Jean.

Nous déjeunons rapidement sur place et repartons pour près de 300 km en direction de la Great Sand Sea. Nouveau plein des véhicules, j’en profite pour débrancher un tuyau d’arrosage des plantes, le temps de prendre une douche et de me décrasser en plein air, au cul des camions.


Coup de fil à Charles et Gaëlle dont c’est l’anniversaire.
Nous reprenons la route pour encore 200 km et arrivons à la nuit à notre nouveau lieu de bivouac. La voiture est orientée de façon à faire écran entre le vent et nos petites tentes. Repas très sympa, coq au vin et bien arrosé, vent nul, j’espère cette fois faire une nuit complète avant le réveil, prévu pour 6h00.
Franck passe une partie de la nuit à scier et redresser, je ne sais quelle partie de son châssis qui frotte sur je ne sais quoi.

10 Novembre. Great Sand Sea

Après une excellente nuit, nettement plus chaude, nous abordons aujourd’hui la grande mer de sable, Great Sand Sea sur les cartes, étendue de dunes de près de 300 km qui nous prendra 2 jours de route. Le matin, nous longeons la ligne Graziani, double rangée de barbelés de près de 500 km qui se termine sur la côte de la Méditerranée. Elle fut construite par les italiens, dans les années 30, pour contenir les incursions de tribus Senoussis. Elle est encore en excellent état, et le plus souvent, les vents ont accumulé du sable, formant un petit muret. Nous naviguons avec les cartes satellites d’une précision époustouflante, sur lesquelles les 2 lignes de barbelés sont parfaitement visibles.
Celles-ci nous permettrons de contourner plus tard un cordon de dunes problématique à franchir
Nous atteignons l’extrémité de la ligne Graziani, défendue par un fort italien.
Après l’avoir franchie, nous atteignons un gisement de fossiles marins, riche d’oursins, de coquilles d’huitres par milliers et de petits escargots de mer encore accrochés à flanc de collines.

Nous commençons à rouler dans le sable, dont la consistance évoque la neige poudreuse. Nous naviguons cap au 160 pour contourner les lacs salés asséchés dont la traversée corroderait irrémédiablement le châssis des voitures, faute d’eau pour pouvoir les rincer et nous entrons enfin dans la Great Sand Sea.
La pause déjeuner, en plein milieu de la piste, nous oblige à installer des tauds, toile de protection du soleil, entre les véhicules. Les tomates achetées au départ, la veille, sont les bienvenues. Nous croisons un convoi de 5 pick-up de contrebandiers qui remontent à vide vers le Nord et roulent plein gaz. Ils s’arrêtent à notre hauteur en dérapant dans le sable et nous saluent.
La route se poursuit, ponctuée de quelques ensablements, occasion de sortir les véhicules ensablées en assemblant des sangles de traction. Lorsque que le véhicule de tête s’ensable, les suivants le contournent largement et reviennent en marche arrière pour lui amarrer les sangles de traction. Le terrain relativement plat comprend quelques franchissements de dunes dont la pente en descente est parfois spectaculaire et il ne s'agit pas de partir en surf.
Des vagues de sable se forment sous les roues. Aloha!!!
Les guides choisissent de s’arrêter pour faire provision de bois de cuisine. Ce sera l’occasion de capturer un petit lézard, occupant assez courant des buissons d’épineux et heureusement pour lui trop petit pour être mangé.
La progression assez laborieuse, va se poursuivre sur des étendues, plates à perte de vue. Nous roulons comme des fous, véhicules de front lancés à 80 kilomètres heure. Notre train de pneus dégonflés à 1.2 kilos, 2 fois moins que la pression habituelle, ne nous permet pas de rouler plus vite. Nous couvrons près de 80 kilometres full speed, avant de nous arrêter au pied de dunes pour bivouaquer. La température, idyllique, nous offre l’occasion d’une douche intégrale.
Apéritif bien tassé, dîner et briefing pour préparer la route du lendemain qui devrait voir la fin de la Grande Mer de Sable ; L’objectif sera d’atteindre l’épave d’un avion de ligne, le légendaire de Havilland 104. La clarté des étoiles permet de reconnaître la Croix du Sud, Orion et son bouclier et Cassiopée en forme de W, pour celles dont je me souvienne.
La nuit s’annonce douce, sans un souffle de vent.

7 novembre 2010

J3 - J4 6 et 7 novembre. de Tripoli à Leptis Magna puis As Sidra.

Visite le matin en vitesse du musée romain de Tripoli qui contient des mosaïques d'une finesse étonnante, parmi les plus belles du monde.

Le hall du musée accueille aussi la jeep historique et la coccinelle VW du lieutenant Kadhafi, avant son arrivée au pouvoir.
Modèle MUTT pour les spécialistes auto

J'ai ensuite pris contact avec les 6 véhicules de la traversée à proximité de Tripoli et après un rapide pique-nique, nous levons l'ancre en direction de Lepti Magna, 120 km à l'est (à droite sur la carte) de Tripoli. Arrivée en fin d'après midi sur le site déjà fermé, nous avons néanmoins pu visiter clandestinement le cirque romain. L'architecture est grandiose et a été magnifiquement préservée car enfouie sous le sable pendant des siècles.
Le cirque adossée à la mer
Pendant l'occupation italienne et depuis, les travaux d'excavation se sont poursuivis et ont mis à jour une ville extrêmement bien conservée.
Comme il fallait s'y attendre, notre visite clandestine n'est pas passée inaperçue et le gardien n' a rien trouvé de mieux que de nous balancer aux flics qui ont été relativement aimables.
Nous avons passé la nuit dans un hôtel pourri dont la salle de bains pourrait être inscrite au Guiness du sordide, fuites partout, éclat de miroir pour se raser mais eau chaude.
Le lendemain, je sympathise avec le cuistot, marocain de Khemisset venue tenter sa chance en Libye. Beaucoup plus sympa que sa cuisine.
Visite toute la matinée du site, immense et du musée, celui-là sans sans lumière, politique de rigueur sans doute.


Nous quittons après pour As Sidra, après un trajet sans histoire et trouvons un hôtel, le dernier sans doute avant longtemps. Nous partons demain pour Tobrouk et Bir-Hakeim où commencera le bivouac dans le cimetière français, qui serait semble-t-il sous régime d'extra-territorialité. Trouvera-t-on du camenbert et du saucisson, en duty-free ?

Je reste sceptique sur les possibilités futures de connexion internet dans les prochains jours. Après Bir-Hakeim, commencera la traversée de la Great Sand Sea, dunes, désert et soif à volonté. Visite ensuite de cratère géant de météorites et d'épaves d'avions échouées dans le désert.

Ave lecteurs, il est tard et demain 800 km nous attendent, réveil avant les poules.

5 novembre 2010

J2 - Looping avant

Premier jour à se promener dans Tripoli où tout est extrèmement calme et surtout fermé, trève du vendredi oblige.Tant pis pour le musée des antiquités romaines qui est fermé, je me rattraperai demain à Leptis Magna, plus beau site romain d'Afrique.
Sur le port, au pied du château rouge (Al Kassar Al Amhra), je croise un groupe quelques 4x4 français, sur-équipés et rentrant d’un périple d’un mois proche de ce que nous allons faire, eux, l’ayant parcouru dans le sens trigonométrique et nous dans le sens des aiguilles d’une montre.

Petite discussion avec eux, ils sont manifestement ravis et détendus. Néanmoins, l’un des véhicules a fait, au début du parcours, un looping par l’avant, décollant d’une dune se terminant en dépression. Figure déjà compliquée à négocier avec un avion de chasse, le looping avant demande une habileté consommée avec un Land-Cruiser de 3 tonnes. Pas de chance, il n’a pas pu terminer sa figure et l’atterrissage a eu lieu sur le toit. La voiture était bonne pour la ferraille.

La vieille ville de Tripoli, avec ses souks, a un charme très africain, au point que l’on se croirait à Bamako. Beaucoup de subsahariens, venus tenter leur chance en Libye en attendant le grand départ clandestin vers l’Europe, se sont installés plus ou moins définitivement. 
Une excellente musique Black sort des boutiques, où il y a une proportion incroyable de coiffeurs. La vieille ville ressemble un peu au quartier des Habbous à Casablanca. Un passage au marché central m’a révélé que l’on pouvait trouver des porc-épics en Libye et donc les accommoder en sauce.
Pour le vin à servir avec, je sèche
Après avoir dormi à Hammamet, mon coéquipier prévoit un passage de frontière Tunisie-Libye dans l’après-midi. Notre rendez vous à Leptis Magna est toujours prévu pour samedi, J3 d’après mon calendrier personnel.

Les boutiques sont envahies de contre-façons asiatiques permettant de se déguiser en Ronaldo ou Zidane. La haute couture locale défend ses positions et a adopté un style résolument martial pour la collection hiver 2010.
Paris, capitale de la mode, c'est fini. The Tripoli's Touch
 Et, à demain, si vous le voulez bien.

J1 - Jeudi 4 Novembre - Bons Baisers de Tripoli

Ce voyage commence sans histoires avec un vol à l'heure, un passage de douanes simple et récupération des bagages. L'aéroport de Tripoli est assez banal mais je récupère les bagages très rapidement en ce début de soirée.

Petite épreuve dans le parcours, le roaming Méditel ne fonctionne pas, les guichets bancaires sont en panne et le taxi commandé n'est pas là pour me conduire à l'hotel.
Tout cela s'arrange vite en empruntant un telephone, en appelant l'hotel, ce qui donne le temps au chauffeur commandé d'arriver. C'était juste une petite épreuve et j'ai gagné l'immunité pour ce soir, comme dirait Koh-Lanta.
A l'hotel, accueil très agréable et surtout efficace car un groom est parti m'acheter une puce libyenne de portable.
MEDITEL je ne te salue pas, compagnie de peu de parole qui m'avait juré après moult formalités que le roaming était actif par défaut. L'opérateur, me disant cela avait pris un ton britannique, assez offensé que l'on puisse encore poser des questions aussi primitives. Une autre opératrice avait ajouté, qu'il suffisait au pire des cas d'appeler leur centre de services dont le numéro était joignable dans les services d'urgence...N'importe quoi.

Ma puce libyenne et moi faisons bon ménage et je serai joignable au

+218 91 821 07 39

Après E = mc2, je vous livre les 2 équations manquantes de la relativité du temps et de l'espace, qu'Einstein avait oublié de compléter.
Tripoli = Casa + 2 heures <=> Tripoli = Paris + 1 heure.

Tripoli à nous deux.
Je retrouve le groupe vendredi après-midi, Inch' Allah.

From Tripoli with Love

2 novembre 2010

Refoulés de Schengen, vous êtes vengés...

J'ai enfin obtenu mon visa pour la Libye et les formalités ont été à la hauteur de celles exigées pour l'obtention du trop fameux visa Schengen. Visa Schengen, cela sonne bon comme les bêtises de Cambrai ou le nougat de Montélimar, j'aimerais bien savoir si elle existe seulement cette bonne ville de Schengen.

Amis marocains, la Libye vous a vengé...A vous on ne réclame rien pour venir en Libye. Exhibition du passeport vert,  un petit sourire au douanier, pas trop quand même cela passerait pour de l'insolence et les fouilles au corps pourraient prendre un caractère approfondi.
Avec le passeport européen, vous sentez que les autorités prennent très au sérieux la menace d'émigration clandestine dans le sens Europe-Maghreb.

Les formalités m'ont permis de m'assurer que j'étais en bonne santé, enfin en théorie, certificat médical rédigé en arabe à l'appui. J'espère que le médecin qui l'a rédigé et que je n'ai même jamais rencontré n'a pas écrit de blague, sinon, je vais déguster.
Preuve à l'appui
 

22 septembre 2010

l'art rupestre

Une vidéo vaut mieux qu'un discours.



Nous irons aussi sur le plateau de Gilf Kébir. Cette magnifique grotte dite de Foggini, découverte en 2003, côté égyptien, aurait pu être découverte par Jean-Pierre lors d'un précédent voyage, assurant alors à son nom, l'immortalité à laquelle aspirait les pharaons de l'Egypte ancienne. Tant pis, Jean-Pierre, il faut que tu en découvres une autre.

La navigation dans le désert

Depuis 1942, la navigation a singulièrement évolué avec une différence fondamentale : aujourd’hui, on ne se perd plus.

En 1942, les corsaires du désert de tous bords circulent dans des véhicules plus adaptés aux campagnes anglaises ou aux routes de la Forêt Noire qu’aux sables libyens.

Chevrolet
 et voilà celle des pieds-nickelés, complètement paumés :

On a de l'essence, de la flotte, du singe, on est à 700 bornes de nos lignes et on peut en faire 1 000. C'est une balade, non ?

Il faudra attendre l’apparition de la miraculeuse Jeep Willys MB que s’approprieront le Long Range Desert Group et Tintin pour disposer d’un véhicule sérieux à condition de renforcer le châssis alourdi par des Jerry-cans d'eau et d'essence. On voit bien l'affaissement de l'arrière sur ce cliché.


Pour en revenir à la navigation, les mêmes moyens que sur un voilier sont employés :

Compas magnétique avec compensation de la masse métallique du moteur du véhicule


Boussole, non compensée, donc, il faut sortir et s’éloigner du véhicule pour lire le cap, sinon une erreur de 30° est garantie.
Modèle Royal Navy
Théodolite pour les levées de hauteurs d'étoiles, du soleil ou de dunes.


Cartes ou croquis très vagues. 
En 1942, la Libye est surtout connue et cartographiée dans la région côtière. A la veille de l’offensive allemande sur El Alamein, les anglais feront parvenir, par ruse, une carte truquée aux allemands qui leur réservera quelques surprises.La piste réputée roulante sur la carte se transforme inexpliquablement en sables mous et les champs de mines ont été déplacés devenant des pièges mortels pour les blindés allemands.
La Libye ayant été occupée dès les années 30 par les troupes de Mussolini est bien cartographiée pour les troupes de l'axe. En revanche, l'Egypte est très mal connue des allemands et de leurs alliés italiens.
Carte d'état major US des années 40


Sextant et bain d’huile

Le point en mer s’effectue en relevant la hauteur du soleil à son zénith (la méridienne) ainsi que la hauteur de quelques étoiles remarquables à l’aube et au crépuscule, période où l’horizon reste distinctement visible permettant des mesures précises.
Encore dans les années 80, époque de mon service militaire à la mer, nous nous entrainions à faire le point à l'ancienne avec le sextant et le starfinder. Les nuits de quart à la passerelle étaient longues...

Je serais incapable de m'en servir aujourd'hui
Sextant
Je ne résiste pas à vous conter une petite blagounette. Lorsque la vénérable société SFENA, située à Vélizy, décide de faire sa révolution culturelle, cela commence par un changement de nom. Les fils de Pub phosphorent, brainstorment et délirent pour finalement proposer :
Sextant Avionique.


Cela sonne bien , c'est moderne, bien français et gna-gna-gna, c'est vendu.
Le mercredi suivant, le Canard Enchainé titrait : 
quand le sexe tend, l'avion nique.

Bon revenons à nos dunes, les moutons étant plutôt visibles en mer.

Dans le désert, les dunes barrent la vue d’un horizon plat et faussent les mesures de hauteur. Pour cette raison, on utilise un horizon artificiel, constituée d’une assiette remplie d’huile de vidange (Beurk). Le soleil ou les étoiles se reflètent dans le bain d'huile et l'observateur fait "tangenter" l'image observée dans la lunette du sextant avec son reflet

La complexité de ces méthodes et l'imprécision des mesures explique les erreurs de navigation considérables que l’on peut commettre..
Si vous continuez sur votre route, Brigadier, et si mon relevé est correct, nous n'allons plus à El Alamein mais sur le cap de Bonne Espérance...Oh, remarquez, je disais le Cap de Bonne Espérance pour ne pas vous vexer. En réalité nous fonçons vers le Pôle Sud.

Au 21e siècle, le GPS a révolutionné l’art de la navigation et rendu obsolètes les moyens optiques et magnétiques. Contrairement aux idées reçues, le GPS passe partout et sans abonnement. Un GPS capte les signaux émis par au moins 3 satellites et calcule la position, l’altitude, le cap et la vitesse de déplacement. 

Jusqu’en 2000, les Etats-Unis, propriétaires des satellites introduisaient volontairement des corrections de quelques dizaines ou centaines de mètres pour éviter des utilisations à des fins malveillantes des signaux.
Depuis 2000, cette restriction a été levée et la précision est de l’ordre du centimètre. La pose des poutres du viaduc de Milhaud a d’ailleurs été réalisée par un positionnement GPS des travées à poser.

 En Europe, les GPS sont associés à des logiciels utilisant des cartes vectorielles, c'est-à-dire où sont renseignés les point remarquables comme les intersections de rues, sens uniques et limitations de vitesse. C’est ce qui permet à Juliette, la voix de Tom-Tom de nous prier de tourner à gauche là où l’on avait l’habitude de prendre un raccourci tout droit pour aller déjeuner le dimanche chez ses beaux-parents. Mais Juliette a forcément raison.

Ailleurs et en Afrique notamment,on utilise des cartes papiers scannées, enregistrées sur un PC et un logiciel de navigation qui reproduit sur ces cartes la position donnée par le GPS.C'est basique mais très confortable.

Pour une utilisation Off-Road, j’utilise le soft légendaire de navigation oziexplorer qui tourne sur PC, ou sur Pocket PC ou encore sur des GPS détournés de leur logiciel propriétaire.
Le site de François Leroux explique tout cela de façon très pédagogique.
En résumé, l’utilisation sur PC offre un large confort visuel et des fonctions très riches permettant la préparation des itinéraires. L’inconvénient de ce système est l’encombrement et surtout la fragilité du disque dur qui, en pratique, risque de rendre l'âme sous les cahots et le sable.
Il y a quelques années j’avais opté pour un pocket PC associé à un GPS Bluetooth.

 Un système insensible aux chocs car le disque dur est remplacé par des cartes mémoires et disposant de 8 heures d’autonomie sans recharge. L’inconvénient est la taille relativement réduite de l’écran et la limitation de ce modèle à 2 giga-octets de données ce qui est un peu juste pour une collection de photos satellite avec une précision de 8m. En revanche, la luminosité est excellente, détail appréciable avec la réverbération du soleil, inutile de fabriquer une casquette.


Je viens d’acquérir un GPS Mio C728, avec un écran de 7 pouces soit 18 cm en diagonale et doté de 16 mégas de mémoire. J'ai encore suivi les bons conseils de F. Leroux, auteur de cette photo.



Cerise sur le gâteau, le système conserve son guidage Europe avec la voix de Juliette et permet de recevoir les chaines de la TNT, ce qui ne présente aucun intérêt en Afrique.
La taille généreuse de l’écran permet une navigation aisée sur des cartes satellites.
La piste suit un oued à sec
ou traditionnelles.
même itinéraire dans l'oued à sec
Et comme l'électronique semble inventée pour tomber en panne, j'emporte les 3 systèmes PC, PocketPC et GPS. Mes co-équipiers des 5 autres véhicules possèdent chacun des équipements similaires et nous communiquons par radio VHF ce qui assure plus de 20 km de portée.
Allo Papa Tango Charlie ?
Sur l'écran du PC, Les images satellites peuvent aussi être visualisées en relief, facilitant la préparation des itinéraires.
Superbes images du Djebel Arkanu au Sud-Est à proximité de la frontière égyptienne : un Must.

Djebel Arkanu en plan large. Les traces rouges représentent le chemin suivi par d'autres véhicules ayant enregistré leurs traces avec oziexplorer. Vu de l'écran du GPS
Arkanu plan rapproché. Le relief est visible sur l'Ecran GPS.
Arkanu en Relief.Image retraitée avec ozi3D (Cela prend 3 secondes). Vue de l'écran du PC